Biographie

Impossible de dater avec exactitude l’acte de naissance du groupe. Et pour cause : d’aussi loin que les frères Leto se souviennent, ils n’ont jamais cessé de faire de la musique ensemble. 30 Seconds to Mars est donc en quelque sorte né en même temps que ses 2 membres fondateurs : le 9 mars 1970 pour Shannon (batterie) et le 26 décembre 1971 pour Jared.

L’atmosphère familiale va marquer durablement les deux garçons, aussi bien dans leurs goûts musicaux que dans leur personnalité.

Les garçons grattent leurs premières notes de guitare dans la chambre de Jared. Mais très vite, Shannon se sent irrésistiblement attiré par les casseroles de sa mère qu’il s’amuse à frapper à coups de cuiller en bois.

Los Angeles :

Les frangins décident alors de partager une petite chambre où trônent une batterie et quelques amplis marshall. On est en 1992 et c’est la folie nirvana. Victime consentante, Jared n’échappe pas à la tornade grunge (il continue aujourd’hui de citer le combo de Seattle comme l’un de ses groupes préférés). Shannon, lui, préfère les années 80 de Depeche Mode. Tous deux se retrouvent sur Bowie, Cure, Pink Floyd ou Led Zeppelin. Portés par le rock des années 90 dont les contours commencent à se dessiner, les compos des deux frères prennent une nouvelle dimension : d’abord folk, les morceaux deviennent plus agressifs. Mais la musique peut encore attendre. Jared ne pas  dévier de l’objectif qu’il s’est fixé (le cinéma). Sans oublier que si la créativité des locataires est foisonnante, le frigo, lui, reste désespérément vide.


groupe 2002De 1995 à 1998, le jeune comédien (Jared) enchaîne les tournages de cinéma  mais la célébrité n’est pas encore étouffante : l’évocation de son nom suscite encore une majorité de moues hésitantes chez les spectateurs. C’est le moment que choisissent les deux frères pour se lancer dans les concerts. Les conditions sont idéales : ses cachets ont permis à Jared d’acheter le matos nécessaire, et son relatif anonymat ne risque pas de fausser les réactions du public. Pour la scène, le duo s’entoure de deux guitaristes supplémentaires (Solon Bixler et Kevin Drake, en plus de Jared) et d’un bassiste (dont la postérité n’a pas retenu le nom).

Pour rester discret, le groupe change de nom tous les soirs et privilégie les clubs de la périphérie de Los Angeles : « On craignait que certains patrons de clubs de centre ville se servent du nom de Jared comme d’un argument commercial, et nous utilisent comme vitrine, explique Shannon. Mais nous, on n’était pas la pour le business. Ce qu’on voulait c’était la liberté. »

D’ailleurs pour le coté anecdotique : il est un concert que Jared a refusé d’assurer car il était écrit en gros sur un flyer : « le groupe de Jared Leto » Le concert a alors été annoncé comme annulé et à la place il a été affiché un concert de Oblivion. Les personnes intéressées par la musique ont tout de suite compris… les autres se sont fait rembourser les places… Coté compos, les frères donnent alors dans le rock progressif, voire expérimental : « On écrivait des chansons à rallonge vraiment conceptuelles, poursuit l’aîné. La salle était parfois dubitative, mais ça n’avait aucune importance. Dans nos têtes, on se disait : si ça vous plait, restez. Sinon cassez vous ! »
Parmi les noms d’un soir du groupe, on retient déjà un certain Life On Mars (clin d’œil à la chanson de Bowie)…

Continuant sur la lancée, le combo enregistre ses premières démos. On y retrouve des morceaux comme Valhalla et Revolution (restées inédites à ce jour), et d’autres comme Jupiter ou Hero qui figureront sur le premier album du groupe sous les titres respectifs de Fallen et Year Zero mais aussi le très célèbre Buddha for Mary. Il devient désormais indispensable de baptiser définitivement le groupe. Il s’impose après une incursion fructueuse sur Internet. « On est tombés sur une thèse écrite par un ancien professeur de Harvard sur le progrès scientifique, raconte Jared, il y avait un intertitre intitulé 30 Seconds to Mars. L’auteur y expliquait que vu la vitesse à laquelle progresse la technologie, on pouvait considérer qu’on était plus qu’à 30 secondes de Mars. Ça avait du sens pour nous, et puis ça illustrait bien notre univers. »

Les CD’S sont massivement envoyés aux radios et diffusés sur le Web. En quelques semaines, le buzz crée autour du groupe est tel qu’il parvient droit dans les bureaux d’Immortal, dont le siège est basé à Los Angeles. Nous sommes fin 1998, et 30 Seconds to Mars signe son premier contrat sur l’un des labels indépendants rock les plus puissants…

Oui mais voila, le cinéma rappelle Jared, et les phases d’écritures, de composition et d’enregistrement (entièrement assurées par les deux frangins,assistés de Bob Ezrin et Brian Virtue pour la production) sont en permanence interrompues. L’album 30 Seconds to Mars (qui devait initialement prendre le nom du titre Welcome To The Universe) est finalement achevé fin 2001.

En prévision de la tournée à suivre, le groupe recrute le bassiste Matt Wachter dans la foulée.
La sortie du LP est prévue pour mi-2002.

« La musique n’est pas un hobby, assure le front man dans sa toute première interview en tant que musicien, donnée quelques semaines avant la sortie de l’album. Cette musique c’est notre vie [à Shannon et à moi]. Il existe un lien indéfectible entre elle et nous. »
Comme pour l’aider à choisir entre ses deux carrières, l’intervieweuse lui demande ce qu’il préfèrerait entre un Oscar et un Grammy : « Je me fous de l’un comme de l’autre », répond-il. Pour Jared l’heure n’est pas au choix entre cinéma et musique. Mais l’homme doit maintenant définir ses priorités. Les choses sérieuses commencent….

L’album n’est pas encore sorti que Puddle Of Mud propose déjà à 30 Seconds to Mars d’ouvrir leur show sur une partie de leur tournée au printemps 2002 (US, Canada). Pour eux qui jouaient encore devant cinquante personnes quelques jours auparavant, le choc est énorme : « C’était une opportunité incroyable, raconte Jared. Jouer devant des milliers de personnes chaque soir était un rêve devenu réalité pour un jeune groupe comme nous. » Forts de cette bonne dose de confiance, ils bookent leur premier concert en Europe le 24 juin 2002 (au Barfly de Londres).


Au mois de jukevin drake1illet, c’est au tour d’Incubus de prendre le quintet sous son aile pour une série de shows aux US jusqu’en septembre. Là, ils se séparent de Kevin Drake et choisissent de ne pas le remplacer. Pour Jared, « Kevin n’a jamais été un membre officiel de 30 Seconds to Mars. On l’a pris pour des tournées et on s’est vite rendus compte qu’il n’était pas dans le même état d’esprit que nous. » L’aventure continuera à quatre.

La soucoupe sonnante atterrit enfin le 27 août aux states et le 30 septembre en France. Fait rarissime pour un premier album (le fait que Jared soit connu a-t-il joué) : il est immédiatement distribué au Canada et en Europe. L’objet est pour le moins singulier : l’artwork est très travaillé (les photos sont signées Shannon tandis que Jared s’est occupé des graphismes), mais c’est bien l’originalité de la musique qui frappe : spatiale, oblique, atmosphérique, post-rock voire post-grunge …Les chroniqueurs rivalisent d’inventivité pour étiqueter la galette. Seul Rolling Stone semble se méfier du « prétendu groupe de Jared Leto », n’appréciant guère la double carrière de l’artiste. L’intéressé s’en amuse : « On est dans un pays où les acteurs peuvent devenir président (cf. Ronald Reagan), alors pourquoi pas musicien ??? ». Mais pour une très large majorité de la presse rock, la réussite est totale, ce qui n’empêche par Jared de faire son autocritique quelques années plus tard : « c’était un disque très produit, peut être trop. On avait une démarche très cérébrale, on l’a beaucoup théorisé. Avec le recul je me dis qu’il manque probablement de spontanéité. »
Capricorn (A brand new name) est choisi comme premier single, et même s’il est l’un des titres les plus radiophoniques du disque, les FM restent méfiantes face à cet objet musical non identifié. Un appui de toute façon inutile : l’album s’écoule à 100 000 copies en quelques mois. Le clip vidéo sera tourné dans le désert californien et réalisé par Paul Fedor.

Comment peut-on afficher de telles ventes sans réelle exposition médiatique ? Parce que Jared et Shannon ne considèrent pas leurs fans comme de simples fans, mais comme des « soldats » (c’est ainsi que le groupe s’adresse à eux sur leur site). C’est une armée : la Mars Army, dont la division d’élite se nomme Echelon (terme militaire signifiant « attaque par vagues » et sixième titre de l’album). Leur rôle dépasse de loin la simple présence lors des concerts : il s’agit de tracter, de mailer, de poster, bref de rivaliser d’ingéniosité pour assurer la « propagande » du groupe.


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